Voyager ou se déplacer ? La question du sens

Voyager ou se déplacer ? Ce qui change c’est notre positionnement et notre intention profonde.

« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. ».
Avant d’être une citation inspirante, cette phrase est l’émanation d’une vie hors normes.
Alexandra David-Néel fut une femme résolument précurseure.

À une époque où l’on attendait des femmes qu’elles demeurent au foyer, elle choisit la route, l’inconnu et la rencontre. Elle traversa l’Asie, vécut auprès de peuples alors très peu connus des Occidentaux, étudia le bouddhisme tibétain, apprit des langues rares et s’immergea dans des cultures que beaucoup ne faisaient qu’imaginer depuis leur salon.

« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. » Alexandra Divid NeilImage de Wikipedia

Son audace ne relevait pas d’un goût de l’exploit. Elle partait à la rencontre du vivant, des traditions, des sagesses incarnées. Elle ne voyageait pas pour cocher des destinations, mais pour comprendre de l’intérieur.

En cela, elle a ouvert une voie. Celle d’un voyage qui transforme autant celui ou celle qui part que la manière de regarder le monde au retour.

« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. »

Cette phrase agit comme un seuil.
Elle invite à quitter l’évidence touristique pour entrer dans une réflexion plus exigeante sur ce que signifie réellement voyager.

Jamais les humains n’ont autant circulé : billets low cost, listes de destinations, photos soigneusement cadrées.
Dire « Je connais ce pays, J’y suis allé.e » est devenu un marqueur social.
Pourtant, bien souvent, ce qui est connu n’est qu’une carte postale. Un paysage consommé. Un décor traversé.
Le pays, lui, demeure intact, presque inconnu. Sa chair humaine, sa mémoire, ses rites discrets, son souffle profond n’ont pas été rencontrés.

Voyager, au sens initiatique du terme, suppose une disponibilité rare.
Il ne s’agit pas seulement de voir, mais de se laisser affecter. D’accepter que le lieu nous regarde autant que nous le regardons.

Changer de terre, changer d’énergie

Quitter son territoire, ce n’est pas seulement changer de climat ou de fuseau horaire. C’est entrer dans un autre champ vibratoire.
Chaque terre porte une énergie spécifique, un égrégore façonné par des siècles d’histoires, de croyances, de traumatismes et de bénédictions.
Cette trame invisible agit sur nous, parfois à notre insu.

Chez soi, certaines parts de nous sont constamment sollicitées. Les rôles sociaux, les habitudes, les attentes implicites activent toujours les mêmes facettes de l’identité.

Ailleurs, ces appuis disparaissent.
L’énergie locale vient réveiller des zones endormies. Une douceur inconnue. Une force oubliée. Une vulnérabilité jusque-là protégée.

C’est pourquoi certains voyages bouleversent. Non parce que le paysage est spectaculaire, mais parce que le lieu autorise une autre rencontre intérieure. Là où, chez nous, une part de soi restait muette, ailleurs elle trouve enfin un écho.

L’autre comme miroir vivant

Rencontrer l’autre ne se limite pas à échanger quelques mots ou à partager un repas.
Il s’agit d’une confrontation subtile.

Voyager ou se déplacer ? Oser se rencontrer soi

L’autre nous renvoie ce que nous ne voyons plus de nous-mêmes (ou que nous nous refusons de voir chez nous) : Nos angles morts culturels, nos évidences, nos rigidités, nos élans aussi… Les moindres de nos qualités et nos pires défauts.

Lorsque l’on accepte cette rencontre, quelque chose se déplace intérieurement.
Les certitudes se fissurent. Les jugements s’adoucissent. Non par idéalisme, mais par compréhension incarnée.
L’autre n’est plus une abstraction. Il devient un visage, une voix, une histoire singulière.

À cet endroit précis, une vérité dérangeante et féconde apparaît : l’autre, c’est nous.
Non pas au sens d’une fusion naïve, mais comme un rappel. Ce que je rejette chez l’autre parle de moi. Ce que j’admire chez lui ou elle aussi. Le voyage devient alors un laboratoire de conscience. Au sein de celui-ci nous pourrons révéler, sublimer, transformer, libérer, … bref alchimiser certaines parts de nous.

Le voyage comme acte initiatique

Choisir de voyager ou de se déplacer et un choix à réaliser en conscience.
Voyager pour que cela soit un acte initiatique demande du courage et de la ferveur.
Il faut accepter de ne pas maîtriser. De se laisser transformer sans savoir à l’avance par quoi.

Beaucoup préfèrent se déplacer.
Accumuler des lieux sans jamais se laisser traverser. C’est plus confortable. Moins risqué.

Le véritable voyage nous engage pleinement. Il déstabilise, ouvre des espaces inconnus ou peu fréquentés de nous. Le véritable voyage nous confronte à l’altérité extérieure pour mieux révéler l’altérité intérieure. C’est en ce sens qu’il est sacré. Non religieux, mais profondément symbolique. Il met en mouvement l’âme autant que le corps.

J’ai, à mon sens, peu voyagé à l’étranger mais chaque voyage a été pour moi le biais de transformations profondes.

La différence entre voyager et se déplacer, je l’ai expérimenté il y a un peu plus de 8 ans lorsque j’ai cheminer sur les chemins de Compostelle. J’ai réalisé cela lors de 2 sessions successives.
La première fois, je n’étais pas seule et je me suis déplacée. C’était sympa et challengeant physiquement parlant.
La seconde session j’étais seule et j’ai profondément pu rencontré les gens, les lieux, les espaces… et j’ai fini par quitter le chemin qui me retirait finalement la part la plus riche de l’expérience.

Voyager ou se déplacer ? La question du sens rencontré durant le pélerinage de compostelle

Voyager ou se déplacer, tout se joue à travers les rencontres

SI vous souhaitez vivre autrement le fait de voyager, il est important d’intégrer certains points. Voyager n’est pas une performance ni un palmarès de destinations. C’est une qualité de présence. Une manière d’habiter le pas que l’on fait sur une terre connue ou inconnue. Une capacité à écouter avant de nommer. À recevoir avant de comprendre.

Alors, peut-être, le déplacement devient voyage. Et le voyage, une voie d’accès à une connaissance plus humble, plus incarnée, plus vivante.
Or, pour cela, il n’est pas nécessaire de partir loin. Certains voyages se font dans l’immobilité, d’autres nous attendent au coin de la rue.

Je vous souhaite de merveilleux voyages et de grandes rencontres.

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