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Le sens caché du Petit Chaperon Rouge de Grimm

Il y a quelques jours, un petit magicien m’a demandé d’enregistrer le conte du Petit Chaperon Rouge pour qu’il puisse écouter l’histoire. Cette demande aurait pu être anodine si elle s’inscrivait pas dans la lignée de l’enregistrement des contes alchimiques. L’enregistrement est disponible ici.

Nous connaissons tous le conte du Petit Chaperon Rouge. Mais, pour la plupart, nous connaissons la version du conte Charles Perrault, célèbre moraliste français.

La signification cachée que nous connaissons en psychologie, à la base, est le fruit de l’étude de Bruno Bettelheim, psychanalyste qui y voit évidemment des symboles oedipiens ou sexuels. Normal pour un disciple Freudien.

Heureusement, cette interprétation n’est pas valable pour le conte raconté par les frères Grimm qui étaient des initiés et racontaient des histoires alchimiques.

La première interprétation facile du conte

En tout premier lieu on pourrait ce dire : « Ok, l’histoire explique juste qu’il faut respecter les instructions que donne maman, sinon il risque de m’arriver malheur, à moi et potentiellement à d’autres. Et, on ne pourra s’en sortir que si un homme intelligent vient nous délivrer. Bienvenus dans le monde des bisounours fleurs bleus qui veulent nous faire un lavage de cerveau.

Mais, ici, nous voulons aller plus loin que cette niaiserie.

J’ai été, je l’avoue, moi-même surprise par ce que j’ai pu trouver dans ce conte. Il m’en aura fallu du fil à retordre ! En même temps, mon petit magicien ne m’offre pas de pistes de travail pour rien ou par hasard !

C’est d’ailleurs pour cela que j’ai voulu aller plus loin et vous proposer mon interprétation. Mais pour comprendre ce dont je vous parle. En tout premier lieu, je vous conseille soit de relire la version de Grimm, soit d’écouter l’interprétation contée disponible dans la boutique.

Et de le faire avant d’aller plus loin pour que vous puissiez raisonner avec ce que je vous expose ci-après. S’il vous plait, jouez le jeu, sinon, cela n’aura aucun intérêt. Si vous ne vibrez pas ce conte, vous ne pourrez pas saisir son sens caché au-delà des mots et de ma proposition.

Le Petit Chaperon Rouge attend que vous écoutiez ou lisiez la version de son histoire contée par les frères Grimm.

Si vous avez fait le nécessaire et suivi les instructions, alors allons plus loin.
Sinon, c’est votre choix, et c’est bien dommage.

Bien, alors nous y voici, commençons par le commencement. Dans les contes alchimiques et les histoires symboliques, les acteurs importants sont posés au début et les petits détails comptent. Rien n’est laissé au hasard, comme dans la vie 😉

Donc on a notre adorable fillette adorée de tous qui vient sur la scène. De par une cape de velours rouge que lui a confectionné sa grand-mère qu’elle porte constamment, on l’appelle le Petit Chaperon Rouge. On aurait pu l’appeler la petite chaperonne rouge, mais non. Notez d’ailleurs les majuscules qui ne sont utilisées pour aucun autre sujet de l’histoire. Cela reflète l’importance de ces mots.

En quoi est-ce si important qu’il soit Petit notre chaperon ?

Pour ce qui concerne l’attribut « petit », si vous voulez aller plus loin, vous pouvez trouver de l’inspiration dans la parties « devenir comme des petits enfants » de l’article : Comment s’élever spirituellement ?

Ici, « petit » témoigne d’un certain avancement sur le terrain spirituel. Il se traduit par une prise de distance par rapport à l’ego. A l’époque (il est important de prendre en considération que les auteurs sont nés respectivement Jacob Grimm le 4 janvier 1785 et Wilhelm Grimm, le 24 février 1786 à Hanau) cet ego, on l’appelait gentillement Satan ou le démon, en toute légèreté… Lol

A propos de la cape de velours du Petit Chaperon Rouge

Comme la chape, la pèlerine, la capuche, la chasuble ou tout autre vêtement circulaire percé d’un trou à travers lequel on passe notre tête, la cape offre un symbolisme ascensionnel et céleste. Celui qui revêt ce vêtement

« se trouve rituellement au centre de l’univers, identifié à l’axe du monde, la chape étant la tente céleste, la tête dans l’au-delà où se trouve Dieu dont il est sur terre le représentant« 

– selon Gérard De Champeaux et Sébastien Sterckx dans L’introduction au monde des Symboles.

Le Petit Chaperon Rouge serait donc une représentante de Dieu sur terre Intéressant, non ?

Or, cette cape est de velours donc épaisse. Le velours ressemble à une peau ou une fourrure. Elle est donc puissante. Sa résistance est plus grande qu’il foulard ou un tissus standard.
Allons encore un peu plus loin.

La couleur Rouge de la cape

La mention de cette couleur a aussi une grande importance. On pourrait penser qu’il s’agit du lien avec l’oeuvre au rouge, à tort. On se tromperait car on se situe encore dans l’oeuvre au noir. Et ce, même si nous en sommes au 19ème conte raconté par les Grimm. L’oeuvre au noir dure longtemps et comporte beaucoup d’étapes.

Alors que signifie ce Rouge ?

Certains l’on attribué aux menstruations qui apparaissent à l’adolescence, sauf que la cape ne la quitte pas. Elle saignerait tous les jours ! Quelle horreur ! Pauvre fillette ! D’ailleurs, le terme fillette devrait nous faire comprendre qu’elle n’est pas en âge pour cela. Il serait noté jeune fille. Non, c’est une erreur de penser cela.

Le rouge est la couleur de l’initié, de l’érudit.

C’est la couleur de l’amour, de la passion, de la vitalité et donc de la Vie. C’est bien sûr celle du sang en tant qu’essence de Vie. Cette couleur est surtout celle du feu. Le rouge est aussi la couleur du cinabre qui est de la sulfurite mercurielle dont on tire le mercure et le soufre.

« L’action du soufre sur le mercure (vulgaire) le tue et, le transmutant, produit le cinabre. »

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Bref, pour faire court, ici, le rouge est lié au soufre des philosophes. Ca ne vous aide pas ?

Cela signifie que la personne qui l’arbore agit sur sa psyché et son mental.

Elle a atteint, si l’on puis dire, un degré de sagesse élevé qui lui a permis d’atteindre la maîtrise de sa conscience. Elle est éveillée et à la Force en elle.

D’antan, n’oublions pas que tout le monde n’avait pas le droit de porter un rouge. Cette couleur était réservé aux empereurs et aux cardinaux. Une personne lambda qui n’aurait fait qu’acheter du tissus de couleur rouge sans autorisation spéciale se voyait condamnée à mort. C’est dire le peu de cas que l’on faisait de cette couleur !

Que dire d’autre d’important à propos du Petit Chaperon Rouge ?

Elle semble naïve dans le sens où elle ne sait pas que le loup est une « bête féroce ». Pourtant sa mère lui fait suffisamment confiance pour traverser la foret jusqu’à chez sa grand-mère qui habite bien loin.

La mère du Petit Chaperon Rouge

La mère du petit chaperon rouge est là pour l’histoire et pour définir l’importance des éléments. Comme celle de la bouteille de vin par exemple. Mais en elle-même, elle n’apporte rien. On apprend juste les bases posées pour son éducation. On lui demande d’être polie et sage. Elle réalise simplement son rôle de mère : elle fixe les limites et transmets les bases de l’éducation à l’enfant.

Ces éléments permettent que l’histoire puisse prendre place. Car, si elle n’était pas polie ou si elle ne respectait juste pas les instructions, la fillette n’aurait pas entretenu de discussion avec le loup. Si l’instruction avait été « ne parle pas aux étrangers« . Elle aurait continué son chemin sans prêter attention au loup. Mais là, elle se tape tout bonnement la discut’ avec le loup.

Par contre, la grand-mère a son importance.

Que représente la grand-mère du Petit Chaperon Rouge ?

Elle est la vieille femme de la famille. C’est-à-dire qu’elle détient la sagesse, le savoir et la vertu. Que sait-on d’elle ? Qu’elle est faible, malade et alitée.
On peut en déduire qu’elle n’es pas de toute jeunesse, lol, Mais guère plus.

Elle a voulu « gâter » sa petite fille en lui offrant la cape confectionnée par elle. Ce terme n’est pas anodin. Il signifie détériorer, corrompre, endommager… rien de bien reluisant. Comment une femme sage et bienveillante chercherait à gâter sa petite fille ?!?

Et pourquoi le ferait-elle en lui offrant une protection qui lui donne accès au divin ? Je n’ai pas la réponse. A moins que l’on considère que c’est à la fois une bénédiction et un malédiction d’être entre les deux. Cela nous expose à de grands dangers. Si on considère ce point, ça s’entend.

On sait aussi que si le Petit Chaperon Rouge casse la bouteille, elle n’aura plus rien. Donc, le plus important dans le panier n’est pas la galette mais le vin.

Le vin est l’essence de vie.

On peut donc facilement comprendre que si elle n’a plus de vin, elle n’aura plus rien. C’est-à-dire qu’elle sera morte.

Le Petit Chaperon Rouge, elle est encore jeune, ce qui lui confère encore beaucoup de Vie et de vitalité. Ce que la grand-mère n’a plus.

On sait aussi qu’elle ne ronfle pas. Elle n’a donc à priori pas de problème respiratoire. Pourtant lorsque le chasseur la fait sortir du ventre du loup, elle respirait avec grande difficulté. Dans la seconde histoire du conte, on apprend qu’elle « était maligne » et devine les intentions du second loup.

Elle n’est donc peut-être pas si sage cette grand-mère. Serait-ce cela qui la rend « malade » ?

Le dernier personnage humain est le chasseur : sauveur de ces dames

Il est à noter qu’il s’agit du seul homme de l’histoire. Ah ! cet homme ! Ce héros ! Pourtant, lorsqu’il est introduit, on nous donne l’impression qu’il est vraiment un chasseur lambda sans importance.

Un chasseur, qui passait devant la chaumière, entendit les ronflements sonores. « C’est bizarre songea-t-il, la grand-mère ne ronfle pas si fort, d’habitude ! Je vais aller voir si tout va bien. » Et il entra dans la maison….

Vous avouerez que malgré cela, il a l’air d’être un habitué ! il entre dans la maison sans frapper et san crier gare ! Drôle de pratique non ?
Mais, bon, laissons cela de coté.

En quoi nous intéresse-t-il ce chasseur ? Et bien il chasse

Or, La chasse a deux aspects : un positif et un négatif… plongeons dans le monde de la dualité symbolique ! Non, allez abordons-le autrement.

Le premier aspect, dit spirituel, consiste à combattre et chasser le mal personnifié par les animaux du démon souvent féroce et vorace. Comme aurait pu l’être notre loup.

L’autre aspect est celui de la destruction. A la chasse, on tue en volant la Vie à des êtres vivants qui ne sont que des animaux. C’est alors une pratique barbare et démoniaque. Clairement, ici on n’y est pas.

Dans l’histoire du Petit Chaperon Rouge, le chasseur chasse le loup (sans chien).

Il connait l’existence de loup et le cherche, sans relâche. On aurait pu dire « un traqueur de loup » au lieu de « chasseur ». Mais ça fait un peu téléphoné non ?

– Ah, Je te retrouve enfin ! fit le chasseur à l’attention du loup. Cela fait bien longtemps que je suis à ta recherche.

Donc, notre chasseur est un traqueur de loup mangeur de fillettes et de grands-mères. Il serait un peu comme nos globules blancs à la traque de virus à éliminer…

Ce que nous savons aussi de notre chasseur, c’est qu’il fait preuve de discernement et de jugeote. Notamment en ne tirant pas sur le loup pour éviter de tuer la grand-mère qui était peut-être encore vivante. Par contre, une fois la vieille et la fille extraites du ventre du loup, il y met des pierres au lieu de lui tirer dessus au fusil Bizarre non ?

Je vous laisse en tirer vos conclusions.
Si vous le souhaitez, vous pouvez en partager les fruits de votre incubation en postant un commentaire.

Nous aborderons le cas du loup, qui est plutôt complexe, la semaine prochaine d’ici-là, je compte sur vous pour m’aider à trouver des indices ;).

Je vous souhaite une belle semaine.

 

3 réponses to “Le sens caché du Petit Chaperon Rouge de Grimm

  • Je ne suis malheureusement pas très convaincu – les arguments viennent les uns après les autres mais ne tiennent pas longtemps sous l’analyse… Pour exemple : les majuscules. Le conte est de tradition orale ; les majuscules n’ont donc a priori pas de sens. La transcription des frères Grimm est de langue allemande – où tous les substantifs s’écrivent avec une majuscule. Rotkäppchen, qui est son nom en allemand, ne fait état que de la couleur rouge et du chaperon (pas chaperonne, puisque c’est le vêtement : on ne l’aurait pas appelée Pantalonne non plus).
    Sur le rouge : https://sites.google.com/site/vetementsmedievaux/les-etoffes-et-les-couleurs : c’est une couleur somme toute assez portée, semble-t-il.
    La morale que j’en tire est que le sens, c’est le lecteur qui le fait.

    • Bonsoir Luc,
      Merci de votre commentaire qui ouvre à discussion, et j’aime cela. Le conte est effectivement de tradition orale dans sa version médiévale. Sauf que les frères Grimm proposent une version revue et réactualisée à la sauce des années 1800. On est loin du Moyen-age contenant un langage symbolique dont j’essaie d’initier un premier niveau de décryptage ici.
      Pour ce qui concerne les majuscules, je prends note de cette information que je ne connaissais pas. Mais, alors, pourquoi n’y a-t-il pas de majuscule à marâtre, loup, chasseur, fillette ?
      Concernant le rouge, et le site que vous mentionnez le met en avant, tout le monde ne pouvait pas porter un vrai rouge. Il pourtant des couleurs fades et ternes car les pigments n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Et, il est à noter ici encore, que le conte qui émane d’une tradition orale du moyen âge a été revu pour transporter un message symbolique destinés aux « initiés ». Aucun élément n’a été choisi au hasard. Mais, vous avez parfaitement raison. Chacun peut choisir le niveau de lecture avec lequel il choisi de lire ce conte et donc la morale et/ou le sens qui s’y rattache, effectivement.
      Je vous souhaite une agréable semaine.

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