« Suis-je hypersensible ? »
Cette question revient souvent.
Parfois sous la forme d’un murmure intérieur, plus souvent comme la recherche d’un auto-diagnostic grandement attendu pour mettre enfin des mots sur un vécu ancien et difficile.
Derrière cette question se cache rarement une simple curiosité psychologique.
Cette question Suis-je hypersensible ? est ne question légitime… et une piste de réflexion plus vaste qu’il n’y paraît. Elle surgit le plus souvent chez des personnes qui sentent plus fort, plus vite, plus profondément de façon plus palpable ou envahissante. Des personnes qui perçoivent des décalages, des incohérences, des tensions invisibles pour d’autres.
Selon moi, cette question méritait selon moi d’être retournée et regardée différemment.
Et si ce que nous appelons aujourd’hui hypersensibilité n’était pas une singularité marginale, mais une fonction humaine naturelle, progressivement émoussée par les normes éducatives et sociales.
Pourquoi ai-je l’impression de percevoir le monde différemment ?
Beaucoup de personnes qui se demandent si elles sont hypersensibles ont connu, dès l’enfance, un sentiment d’étrangeté.
Cela leur a fait ressentir comme une impression d’être à côté du rythme adopté collectivement. Ou de ne pas réagir comme attendu et d’être inadapté.e au groupe d’appartenance dans lequel elles appartiennent.
Ce sentiment est très courant d’autant plus lorsque cela s’ajoute à la sensation d’être immergé.e dans un monde incohérent.
Lorsque l’on est minoritaire face à une majorité qui fonctionne autrement, un mécanisme bien connu se manifeste.
La peur d’être rejeté.e apparait et prend place. Elle est rapidement suivie du doute sur notre propre légitimité.
Puis, peu à peu, se développe l’apprentissage de la dissimulation.
Ce dernier ayant pour but de sembler « normal.e », acceptable, aimable… pour être même juste fréquentable et ne pas se retrouver isolé.e ou marginalisé.e.
La société valorise l’adaptation, la performance, la conformité émotionnelle.
Très tôt, l’enfant comprend qu’il vaut mieux ne pas trop ressentir, ne pas trop questionner, ne pas trop réagir.
Ce que l’on nomme souvent « bonne éducation » consiste alors à lisser les perceptions, à tempérer l’intuition, à faire taire ce qui dérange.
La spontanéité et l’originalité n’ont que peu de place dans le monde « courant ». Elles n’ont de la place que dans le monde de l’artistique et artisanale et dans des espaces bien délimités au sein desquels il est acceptable de faire preuve de créativité sans être montré.e du doigt.
L’hypersensibilité est-elle un défaut ? une imperfection ?
L’hypersensibilité est un problème tant que nous n’avons pas appris à composer avec et à en faire un avantage. Alors disclaimer*, je ne parle évidemment pas ici de théorie mais de ce qui s’observe en pratique.
Lorsque l’on ressent davantage, que l’on perçoit des nuances qui échappent aux autres, que certaines ambiances nous traversent ou que les émotions semblent parfois entrer sans frapper, cette sensibilité peut effectivement devenir encombrante.
Notamment lorsqu’on reçoit de plein fouet et pleine face les émotions des autres ou l’énergie d’un lieu en souffrance.
Dans ces contextes, l’hypersensibilité fatigue.
Elle expose et peut donner le sentiment d’être trop perméable au monde, non confort, inadapté.e.
Alors, nous cherchons naturellement à nous protéger.
A nous protéger ou à nous préserver. Ainsi, nous nous affairons à moins ressentir, à prendre de la distance et parfois même essayer de devenir un peu plus « comme tout le monde ».
Pourtant, ce qui nous fragilise, lorsque nous ne savons pas encore apprivoiser l’hypersensibilité, peut devenir une ressource lorsque nous apprenons à la connaître et en faire bon usage.
Il en va de l’hypersensibilité comme d’une ouïe particulièrement fine.
Entendre davantage peut être épuisant lorsque chaque bruit nous assaille.
Mais cette même finesse permet aussi de percevoir une fausse note que d’autres n’entendent pas, de distinguer une variation presque imperceptible, d’accéder à une richesse qui leur échappe.
L’enjeu n’est donc peut-être pas de devenir moins sensible, mais d’apprendre à discerner ce que nous percevons, à ne pas tout absorber, à reconnaître ce qui nous appartient et ce qui appartient à l’autre, à poser des limites lorsque cela est nécessaire.
À partir de là, l’hypersensibilité cesse progressivement d’être quelque chose que l’on subit.
Elle peut devenir une intelligence particulière du réel.
Une capacité à percevoir les émotions et les mouvements relationnels avec finesse, à remarquer les incohérences, à sentir qu’une situation sonne faux avant même de pouvoir expliquer pourquoi, à être profondément touché par la beauté, la justesse ou, au contraire, par ce qui porte atteinte au vivant.
C’est probablement ici que la question devient réellement intéressante.
Car si certaines personnes ont dû apprendre à apprivoiser leur sensibilité, peut-être devrions-nous aussi nous demander pourquoi nous avons collectivement appris à nous en méfier.
Les quatre dons souvent associés à l’hypersensibilité
Une connaissance émotionnelle précoce
Dès l’enfance, certaines personnes perçoivent ce qui ne se dit pas :
La tension d’un adulte.
La tristesse dissimulée.
Les contradictions entre les discours et l’énergie-émotion qui l’accompagne
L’incohérence entre ce qui est dit et les actes.
Cette lucidité émotionnelle agit comme une lumière intérieure.
Elle permet de comprendre les autres, parfois avant même qu’ils ne se comprennent eux-mêmes. Mais elle rend aussi plus vulnérable aux incohérences, aux mensonges feutrés, aux violences déguisées.
Entendre souvent « tu exagères » ou « tu es trop sensible » n’est pas anodin. La répétition crée un sillon généralement douloureux.
Une remarque anodine devient une critique souffrante. Alors qu’il n’y a rien de répréhensible ici. Simplement une personne qui nous signifie qu’elle est désemparée face à ce à quoi elle se retrouve confrontée.
Mais, cela apprend à l’enfant à douter de son propre ressenti.
Pourtant, cette lecture fine du monde émotionnel constitue une forme d’intelligence relationnelle profonde, à condition d’apprendre à se protéger et à se respecter.
Un rapport apaisé à la solitude
Qu’est-ce qui peut nous aider à répondre à la question Suis-je hypersensible ?
Un point qui se vérifie toujours et que ces personnes ont un besoin non négociable de temps seules pour se réguler. Et pour que le temps partagé avec d’autre puisse être appréciable.
Ici, la solitude permet d’apaiser cette part intérieure que personne ne leur a appris à dompter ou juste à écouter et à prendre en considération ce qui a pu les percuter, les blesser ou les désarçonner
Pour autant, pour les personnes hypersensibles, contrairement aux personnalités fuyantes, la solitude n’est pas une fuite. Elle est un espace de ressourcement nécessaire à la fois pour se retrouver mais aussi et surtout pour pouvoir se poser dans un espace de calme. Celui-ci étant propice à retrouver de la paix et de la sérénité.
C’est là que la pensée se clarifie, que la créativité se déploie et qu’elles retrouvent l’alignement avec leur axe intérieur, loin des projections, des attentes et du bruit extérieurs.
Ce besoin de retrait n’est pas un rejet de l’autre, de la relation ou du lien.
Il est une condition nécessaire pour pouvoir être en contact avec d’autre et préserver la qualité du moment partagé.
Les hypersensibles sont généralement des personnes sociables mais l’impact des autres sur elles peut les contraindre à limiter le contact ou à être sélectives sur le où et avec qui.
Une vie guidée par le cœur
Contrairement aux idées reçues, les personnes hypersensibles ne vivent pas uniquement dans la souffrance. Elles vivent surtout dans l’intensité.
L’amour, l’amitié, la tendresse, la beauté d’un paysage ou d’une œuvre d’art sont ressentis avec une profondeur rare.
Elles ont une propension décuplée à l’émerveillement.
Là où d’autres passent sans voir, elles s’arrêtent, touchées, transformées.
Un détail, une petite chose, un regard, un vécu porté par une personne ou un objet… tout est sujet à être touché.e.
Cette capacité à être affecté.e est aussi une la possibilité d’une immense capacité à aimer, à s’émerveiller, à donner du sens.
Une croissance intérieure continue
L’hypersensibilité ne se corrige pas. Elle s’apprivoise.
C’est un cadeau de la vie qui invite à un chemin de connaissance de soi exigeant, mais fécond.
Elle donne accès à des espaces et des réalités que d’autres n’auront jamais la possibilité de percevoir ou ne serait-ce que d’effleurer.
Comprendre que les autres n’ont pas le même seuil émotionnel permet de sortir de nombreuses incompréhensions. Apprendre à écouter, accueillir et réguler ses émotions évite de s’y noyer.
Reconnaître sa singularité ouvre à une maturité intérieure profonde.
Ce chemin n’est pas une réparation. Il est une intégration et un apprentissage. Un apprentissage riche qui peut se faire dans la douceur.
L’expérience me permet de vous témoigner qu’une fois ce don accepté et la maitrise acquise, il devient un cadeau extraordinaire d’une valeur indescriptible.
Et si l’hypersensibilité était notre sixième sens ?
Voici une hypothèse rarement explorée.
Ce que je trouve d’ailleurs extrêmement dommage.
Beaucoup ont abordé l’hypersensibilité avec un angle dramatique ou en la présentant comme une tare à gommer pour en faire un fond de commerce.
Et si tout cela était erroné ?
Si nous nous autorisions à percevoir l’hypersensibilité non pas comme une anomalie, mais comme une fonction d’alerte; Un sixième sens destiné à détecter ce qui n’est ni juste, ni bon, ni utile pour le vivant.
Un être humain pleinement connecté à sa sensibilité perçoit instinctivement quand une situation est toxique, quand une injonction est abusive, quand une décision va à l’encontre du bien commun, de la nature ou de lui-même.
Couper cette sensibilité facilite l’obéissance.
Elle rend manipulables des individus qui n’écoutent plus leurs signaux internes. Et permet de faire accepter l’inacceptable, sous couvert de normalité.
Suis-je hypersensible… ou simplement humain.e ?
La vraie question n’est donc probablement pas de savoir si vous êtes hypersensible.
Mais de vous demander ce que vous avez appris à taire en vous pour être accepté.e.
Une fois cela visité, il vous appartient de choisir si vous souhaitez continuer à vous couper d’une part de vous ou s’il serait temps d’apprendre à l’accueillir à l’accepter, à l’intégrer et à en faire quelque chose de bien.
Réhabiliter la sensibilité, ce n’est pas devenir vulnérable.
C’est redevenir entier.e, cohérent.e, aligné.e, responsable de ce que l’on sent et de ce que l’on choisit.
A notre époque où le contrôle et la rapidité sont hautement valorisés, la sensibilité apparaît comme une anomalie. On n’a pas le temps pour cela !
Ni le temps pour prendre les alertes et points de vigilances, qu’elle met en exergue, en considération. Alors même qu’elle pourrait pourtant bien être une boussole oubliée.
Une intelligence du cœur dont notre monde a profondément besoin.
Si vous ne souhaitez plus vous poser la question « suis-je hypersensible et que vous décidez de vouloir vous approprier votre sensibilité, je peux vous accompagner à apprendre à l’écouter et à en faire une alliée.
Pour cela, il vous suffit de réserver votre accompagnement.
Prendre rendez-vous en tant que professionnel
➡️ en cabinet à Grasse St Antoine (06) Alpes-maritimes / PACA – France
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➡️ en présenciel à Grasse (06) Alpes-maritimes / PACA – France
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