Apprendre à s’alléger et se préparer

L’importance de s’alléger

Avant même de mettre un pied sur le chemin de Compostelle, il est incontournable de se préparer et de préparer son matériel. Tout doit être pesé et l’utilité réel de chaque élément mûrement évalué.

Le chemin accueille tout le monde, mais chacun y est accepté un certain temps. Cheminer sur el camino, cela se mérite à la sueur de son front, à la résistance de son corps, à la force de son esprit et à la hauteur de sa sagesse.

L’épreuve se fait au fil du temps. Mais l’expérience peut se révéler bien courte, raccourcie par une sentence immédiate.

Avant de partir, il faut faire des choix car la route est longue. Le poids d’un sac trop lourd est un dangereux ennemi aussi dangereux et sournois qu’un esprit trop faible.

Première étape : ça passe ou ça casse

Dès la première étape, les dés sont jetés.
Cette étape est de 29 km, on y gravit les Pyrénées. Déjà au premier jour une grande épuration a lieu. L’étape est particulièrement difficile et éprouvante physiquement autant que mentalement.

Elle se déroule, en général, sous la bruine et dans le brouillard.
Nombreux sont les pèlerins qui la font en deux fois.

Cette étape est significative. Elle seule suffit parfois à vous faire sortir du chemin. Chaque année, des pèlerins n’en reviennent pas, disparaissent, se blessent… Mais le pèlerin vient alléger les poids qui éclasent son âme, et il sait qu’en prenant le chemin, il peut y laisser sa vie.

L’étape terminée, il est nécessaire de s’alléger encore et encore

Une fois arrivé au refuge de pèlerins, il est l’heure de faire le point de notre paquetage et notre propre état. Il est essentiel de se décharger un maximum au plus tôt.

Une zone de libre échange « Leave & take » s’est instaurée et se répète dans presque tous les refuges. Certains s’y déchargent de leur superflu alors que d’autres peuvent y trouver ce qui leur manque.

En moyenne, on marche 25 km par jour. Les sacs d’homme pèsent idéalement 8 à 12 kg alors que ceux des femmes 5 à 7 kg. Trop de poids et c’est l’assurance d’user son corps à outrance sournoisement ou de façon abrupte.

Cela peut, en un jour seulement, compromettre la suite du chemin. Alors chacun s’allège au fur et à mesure matériellement, physiquement et intellectuellement. Le poids que nous portons et la croix que nous nous imposons à nous-mêmes.

Abandonner l’inutile pour accueillir du nouveau

Cela se fait matériellement, psychologiquement et symboliquement. C’est essentiel. On ne peut pas avoir une eau nouvelle si on ne jette pas la vieille eau croupie qui est déjà contenue dans notre verre.

Ainsi, chaque nouveau jour, le pèlerin fait le point de son paquetage. Car chaque étape est différente.
A Roncesvalles, nous avons été heureux, chacun, de trouver un pantalon abandonné lorsque nous sommes arrivés trempés, poussés par le vent et que la température extérieure annonçait 9°C. Nous n’en avions pas pris pour alléger notre sac.
A Zubiri, nous avons eu plaisir à nous en délester. Pourtant, l’erreur aurait été d’abandonner également nos polaires qui nous auraient manquées à Pamplona.

Le choix est donc stratégique et doit être mûrement réfléchit.
A chaque instant, sur le chemin, on gagne en sagesse.

S’alléger psychologiquement

Pendant le pèlerinage, on s’allège aussi mentalement. Le pèlerinage n’est pas qu’une longue randonnée. Nous sommes, à chaque instant confronté à nos peurs, nos fantômes, nos démons, nos idées noires, nos excès, nos limites… La routine et les préoccupations de la vie courante n’ont pas de place ici.

El camino est un chemin alchimique et spirituel avant tout. Il transforme l’humain qui l’arpente.
Les symboles que nous croisons et les lieux que nous traversons sont très particuliers et puissants. Tout y est amplifié, décuplé, habité, chargé d’histoires et d’expériences subtiles pour pouvoir nous transcender.

Le pèlerin arpente un autre monde et parallèle du monde commun.

En prenant son sac à dos, il laisse tout le reste derrière, les préjugés, croyances, pseudo-obligations… etc… Et il peut se reconnecter à Soi dans la plus grande simplicité.

Sur le chemin, le bonheur est fait de plaisir simple : pouvoir prendre une douche, se faire masser les pieds, se reposer un peu, manger ce qui se présente, voir des paysages naturels, découvrir de nouveaux lieux, se retrouver avec d’autres pèlerins après une dure et harassante journée. On goute à nouveau à la légèreté de la vie entre deux rudes épreuves.

Avant de finir la journée

Avant de s’abandonner à un repos bien mérité, le pèlerin évalue la prochaine étape. Il prépare à nouveau son sac en vue du lendemain en l’allégeant le plus possible. Puis, il se couche en faisant l’inventaire des douleurs de son corps en espérant que la nuit pourra être reposante malgré le confort spartiate et la promiscuité. Et chaque soir, il a cette même question en tête : « Est-ce que je parviendrai à finir l’étape de demain ? »

La foi c’est s’engager sur le chemin sans savoir ce qu’il nous réserve.
L’espérance est de parvenir à la prochaine étape.
– Lætitia TRILLEAU

Et le lendemain, on se réveille avant le lever du soleil, on enfile nos chaussures de marche, on décroche notre sac du sol et on repart, soit sur le chemin vers la prochaine étape, soit vers chez soi.

Lorsque sonne le glas du retour chez soi, parce que nous n’avons pas réussi à nous alléger suffisamment, le départ est amer.

La nécessité de la préparation

Avec des chaussures trop lourdes et un manque de préparation physique flagrant (inexistant en vérité), c’est ce que j’ai expérimenté.
J’ai dû m’arrêter un jour plus tôt que ce que j’aurais aimé.

Et, alors que c’était à cette étape que nous avions envisagé, dès le départ, la fin de ma première partie un pèlerinage. J’étais frustrée.

L’estimation prévoyait qu’au mieux des possibilités, j’aurais pu dans le meilleur des cas aller jusqu’à Estella. Un village médiéval qu’il me tenait à cœur de découvrir. C’était aller, juste un peu plus loin, dépasser mes limites aller au delà de moyennement envisageable.
Mais, être tenue de faire ce choix pour ne pas tirer davantage sur mes deux talons d’Achille douloureux et enflammés a été profondément inconfortable.
Mais c’était un choix sage et nécessaire. Celui de pouvoir rentrée jusqu’à chez moi sans complication et revenir dans quelques semaines pour continuer le périple.

Un petit échec au sein d’une belle performance.

Mon insatisfaction est liée et est le résultat de mon manque de préparation.

M’étant décidée à moins de 10 jours avant le départ, j’ai fait avec ce que j’avais. Un sac de randonnée « light » emprunté, des chaussures de randonnée de moyenne montagne, un sac de couchage acheté à la dernière minute… Bref, le minimum syndical en mode « à l’arrache ». Pourtant, je suis partie avec un sac de 7 kg au lieu de 5,3 Kg recommandé pour mon gabarit de crevette et des chaussures trop lourdes.

Mon corps n’était pas prêt et si j’avais vraiment testé mon matériel. En prévoyant des étapes de test, j’aurais pu me rendre compte que mes chaussures étaient trop lourdes, trop rigides, inadaptées, avec un amorti insuffisant pour un si long périple. La nécessité d’un bâton de marche me serait apparu indispensable pour limiter l’impact de mes orteils dans la chaussure dans les descentes raides. Cela m’auraient préservé des hématomes qui trônent sur mes doigts de pieds.

D’où l’importance de la préparation.

Prévoir c’est bien, tester, c’est mieux ! Cela permet d’ajuster. Et, quand l’épreuve est longue et s’inscrit dans la durée, c’est juste indispensable. Dans la vie quotidienne, c’est pareil. Alors pensez-y !

Ainsi, cette partie du chemin fera finalement office de phase de préparation. Ce bout de périple m’aura permis de tester mon matériel et mes ressources pour adapter l’ensemble avant de repartir.

 

Une réponse to “Apprendre à s’alléger et se préparer

  • Bonjour Laeti,

    J’ai beaucoup aimé ce texte sur le dur cheminement du pélerin vers Compostelle. C’est mon préféré car il nous met en situation réelle face aux difficultés que cela représente, des choix à faire, de la remise en question, des doutes, du ressenti et des émotions qui surgissent.

    Je suis empressée de lire la suite et pour elle, Bon courage ! Bises

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