L’Art d’avoir toujours raison

J'ai toujours raison, même quand j'ai tort !Avoir raison, c’est tout un débat !

La première fois que j’ai parlé de ce livre « L’art d’avoir toujours raison » du philosophe allemand Schopenhauer, c’était lors d’une réunion avec des pairs (coach).

On m’a instantanément questionnée :

– Tiens c’est intéressant ! Qu’est-ce qui t’est important dans le fait d’avoir toujours raison ?
(sans doute une déformation professionnelle )

Ma première réponse a été un sourire.
Je suis assez taquine et cela m’a permis de gagner un peu de temps avant de choisir l’angle de ma réponse. Mais mon interlocuteur était bienveillant, alors j’ai choisi de lui répondre sincèrement.

– J’aime avoir raison 😉 »
Mais ce qui m’intéresse dans cet ouvrage c’est le fondement et les applications pratiques qu’offrent la dialectique qui en est le thème. J’éprouve un intérêt certain pour la dialectique. Elle permet, face aux personnes mal intentionnées dans leurs échanges, de n’offrir aucune accroche sur vous. C’est une sorte de bouclier anti-poison, anti-échange-toxique.

En effet, je pense sincèrement que quand une personne n’a pas de prise sur vous, il lui est impossible de vous contrôler, donc de vous manipuler.

La dialectique est l’art de la parole raison-nable

Cet art de la discussion qu’est la dialectique, attire l’intérêt depuis fort longtemps. Socrate, Platon et bien d’autres grands philosophes s’y sont adonnés corps et âme.

Pour vous éclairer un peu, je vous cite un passage :

Morale étique et traditionPour établir la dialectique selon toute rigueur, il faut (sans se soucier de la vérité objective, qui est l’affaire de la logique), l’envisager uniquement comme l’art d’avoir toujours raison, ce qui, bien entendu, sera d’autant plus facile que l’on aura raison quant à l’objet même du débat. Mais la dialectique, en tant que telle, a seulement à enseigner comment on se défend contre les attaques de toute nature, et en particulier les attaques déloyales et, de même, comment l’on peut pour sa part attaquer ce qu’affirme l’autre, sans se contredire soi-même et, plus généralement, sans être réfuté. Il faut strictement distinguer la découverte de la vérité objective de l’art de donner à ses propositions l’apparence de la vérité : l’un est l’affaire d’une toute autre pragmatéia (activité), c’est l’oeuvre de la faculté de juger, de la réflexion, de l’expérience, et il n’y a pas d’art particulier qui s’y rapporte; mais le second point est l’objet propre de la dialectique. On l’a définie comme la logique de l’appartenance : à tort, car elle ne serait alors utilisable que dans la défense de propositions fausses ; or lorsqu’on a raison, on a également besoin de recourir à la dialectique pour défendre son droit, et il faut connaître les stratagèmes de la malhonnêteté pour leur faire face, et même souvent en employer certains pour battre l’ennemi de ses propres armes. C’est donc pour cette raison que la dialectique doit ou bien mettre de côté, ou bien considérer comme accidentelle la vérité objective, et l’on ne doit prendre garde qu’à défendre ses affirmations et renverser celles de l’autre; et dans les règles de cet art, on n’a pas à tenir compte de la vérité objective, car il est impossible, le plus souvent, de dire de quel coté elle se trouve : souvent, on ne sait pas soi-même si l’on a raison ou non, on se trompe souvent en le croyant, et souvent les deux parties le croient, car veritas est in puto (en buthô è alèthéia, la Vérité est au fond du puits, selon Démocrite) : à l’origine du débat, les deux parties, les plus souvent, croient avoir la vérité pour elles, et à mesure qu’il se développe, l’une et l’autre commence à en douter : car c’est seulement la fin qui doit trancher de la vérité, la confirmer. Donc la dialectique n’a pas à s’engager dans cette direction, pas plus que le maître d’armes ne se demande qui, en fait a raison dans la querelle dont est issu le duel; bien placer sa pointe, bien parer les bottes, c’est de cela qu’il s’agit ; ainsi en est-il de la dialectique : c’est une escrime intellectuelle ; c’est seulement si elle est considérée aussi clairement qu’elle peut être traitée comme une discipline autonome : car si nous nous assignons pour but la pure et simple vérité objective, nous retombons dans le domaine de la seule logique : si, au contraire, nous visons à faire admettre des propositions fausses, nous sommes dans celui de la pure sophistique. ET dans un cas comme dan l’autre, on postulerait que nous savons déjà ce qui est objectivement vrai et faux : or, il est rare que ce soit évident de prime abord.

Comment pratique-t-on l’art de la raison ?

Concernant la pratique de cet art, il existe pluschess-655317ieurs méthodes utiles dans des cas différents :

1- L’extension : étendre et généraliser à outrance l’argument de l’adversaire et l’interpréter dans le cas le plus général que possible. Et restreindre la sienne à l’état le plus restreint et spécifique possible. En effet, plus une affirmation est généralisée et vulgarisée, plus les nombre d’angles d’attaque se multiplient

2- L’homonimie : faire dévier la définition du mot centrale pour utiliser une autre de ses significations. On utilise le sens de la phrase pour changer de sens et retourner au point de départ. Cela demande une large connaissance des mots et une certaine répartie.

3- Prendre l’affirmation posée relativement, kata ti, relative,  de la même manière que si elle l’était généralement, simpliciter, haplos, ahsolute,  ou u moins la concevoir dans un contexte tout différent et la réfuter en ce sens.

“Dame Gina a été très généreuse en t’accueillant !”
“Oui c’est vrai, surtout en coups de bâtons et en corvées pour entretenir sa maison”

4- Faire valider tous les prémisses avant toute chose. Ainsi, votre conclusion sera valable de fait

5– Prêcher le faux pour valider la conclusion souhaitée. Des arguments faux concordant avec la logique de l’adversaire pouvait être manipulés ensuite pour découler sur un argument vrai.
Mais non, c’est pas si compliqué, c’est comme si le loup se recouvrait d’un peau de mouton pour faire croire au mouton qu’il est l’un des sien en dévoilant un point de vue mouton. Ok c’est un peu vicieux… peut-être pas très éthique dans cet exemple mais peut-être éthique dans d’autres contextes.

6- Remplacer des mots clés par des synonymes légèrement différents permettant ainsi d’orienté l’argumentaire vers la fin escomptée. Cette pratique était souvent utilisée par Socrate en son temps et rapportée dans ses “dialogues” par Platon . Ce la revient aussi de passer d’un cas général vers plusieurs cas particuliers qui le composent. On fait acquiescer sur les cas particularités et généralisons sur l’ensemble (l’inverse du point 2-)

7- Une autre méthode chère à Socrate. Poser de nombreuses questions à bâtons rompus et conclure rapidement sur une “extension” psychologique des questions précédentes. Ainsi, les esprits lents sont victimes du flou créé.

old-books-436498_1280Ainsi, il en est de 38 stratagèmes recueillis dans un petit feuillet de 120 pages qui vous demanderont une certaine concentration. Et génèrent parfois une certaine incompréhension.

De fait, tout au long de ce recueil, Schopenhauer fait référence à Topiques d’Aristote.
Ainsi une balade dans les topiques me viendra peut-être prochainement.

J’avoue ne pas avoir traversé tout le recueil à ce jour pour cause de maux de tête en soirée, mais si je devais utiliser un stratagème, ce serait celui-ci de ma sauce personnelle : Faire valider toutes les objections possibles comme fausses avant de lancer mon propos réel (argument-vérité) pour lequel je souhaite avoir raison. Sans objection possible, de fait, mon affirmation ne peut pas être démontée et est donc réputée vraie !

CQFD

2 réponses to “L’Art d’avoir toujours raison

  • Merci pour cet article qui reflète bien l’espièglerie que j’ai noté en vous lorsque j’ai eu la chance de faire votre connaissance. A bientôt j’espère.

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